Prologue I
La compagnie du Sirocco
Un froid intense, à la saveur encore familière, habitait le rêve de Lanig. Quand la vapeur blanchâtre de son souffle se dissipa, il découvrit sans surprise les formes du palais spectral qu’il avait fui des décennies durant. La peur et la résignation l’avaient tenu loin de cet endroit, désireux qu’il était de se faire oublier du monstre qui s’y tapissait. Mais en ce jour, les choses étaient différentes.
En deux siècles, rien n’avait changé. Les innombrables statuettes et bas-reliefs aux yeux de cristal projetaient toujours leurs ombres inquiétantes sur une timide lumière verdâtre. Et l’arbre aux branches et aux racines se rejoignant pour former un cercle surmontait invariablement le trône qui donnait à cette salle une majesté toute régalienne. Pourtant, Lanig accorda à peine un regard à cet immuable décor. Sans perdre un instant, il se dirigea à grands pas vers la galerie des Monstres et ne prêta pas plus attention aux créatures de pierre qui faisaient mine de protéger la plus dangereuse de toutes.
Et elle fut là, exactement comme jadis. Cette femme terriblement solitaire, figée dans un sommeil à la tranquillité trompeuse. Lorsqu’il posa les yeux sur le bleu de sa peau, sur le noir intense de ses cheveux, sur les innombrables facettes du cristal violet qui émergeait de sa poitrine, le cœur de Lanig s’emballa. Sa respiration devint plus difficile, presque comme à l’époque où ses poumons luttaient chaque jour pour le garder en vie.
La Femme bleue. L’éternelle ennemie des Nécromanciens. Celle à laquelle il avait vainement tenté de s’opposer, comme un enfant qui s’imagine défier une reine. Mais aujourd’hui, pouvait-il espérer réussir là où il avait échoué, deux siècles auparavant ?
Avec prudence, Lanig approcha de l’autel, s’assit doucement à côté de cette femme, comme s’il craignait de troubler son sommeil. Pendant un long moment, il observa son visage paisible. Une beauté dure, aux traits qui avaient perdu leur rondeur juvénile. Une beauté résolue, qui convenait tout à fait à une déesse et dissimulait à merveille sa brutalité.
Ce n’est pas une déesse. Juste une femme. Une femme qui n’a fait qu’accaparer le Cristal. Rien de plus.
Du moins voulait-il s’en persuader.
Résistant à l’envie d’effleurer la gemme toute-puissante qui recelait toutes les connaissances de la magie, Lanig se leva et s’éloigna à pas lents. La sensation du savoir qui pénètre de force l’esprit avait beau lui manquer, il ne pouvait prendre le risque d’alerter son adversaire. Et, si la chance était de son côté, il pourrait bientôt toucher le Cristal dans le monde réel, et non plus à travers un rêve.
Le songe s’écroula. Le Nécromancien bascula vers son corps de chair et fut accueilli par une douleur lancinante qui lui labourait le crâne. Il souleva les paupières avec difficulté. Son regard tomba sur les deux bracelets d’argent qui enserraient ses poignets. Une courte chaîne les liait l’un à l’autre, mais ce n’est pas ce détail qui le fit déglutir. Un éclat de bekarith était serti dans chacun des cercles de métal, et ces derniers étaient dépourvus de serrure, comme s’ils étaient conçus pour ne plus jamais s’ouvrir.
Ma magie… de nouveau inutile…
Le flux de ses âmes palpitait toujours en lui, mais chaque parcelle de pouvoir qu’il tenterait de projeter serait impitoyablement absorbée par la pierre noire. Mais elle avait ses limites, et le Cristal n’était pas bien loin…
Autour de lui, la salle était identique à celle, onirique, qu’il venait de quitter. Les statuettes, les bas-reliefs, le trône, tout était là. Bien sûr, dans le monde réel, ces ornements étaient tachés d’humidité et couverts d’une couche de mousse verdâtre. Mais aucun doute possible, c’était le même endroit. La seule différence notable était le large enchantement gravé au sol, celui qui avait arraché Lanig et les mercenaires aux Nec Estros pour les mener à ce lieu mystérieux. Et puis, il ne faisait pas froid ici. Il régnait une chaleur humide écrasante, très différente de la sécheresse du désert.
— Il est réveillé.
Le Nécromancien ne prêta pas attention aux trois silhouettes qui l’observaient depuis l’autre bout de la salle, et encore moins aux propos qu’elles échangeaient. Son regard se focalisa sur l’ouverture à l’opposé du trône. Celle par laquelle on apercevait une première statue : une créature à tête de tigre, pourvue de six bras et d’innombrables crocs. Le premier gardien de la galerie des Monstres. Et au fond du couloir… peut-être le moyen de retrouver sa liberté.
Oui. La Femme bleue devait se trouver là-bas, frappée par son éternel sommeil. Dans le monde réel, elle ne pouvait probablement pas s’éveiller comme elle le faisait dans ses rêves. Sinon, elle ne se serait pas contentée de rester enfermée dans ce palais. Ce qui voulait dire que Lanig pouvait saisir le Cristal sans danger et…
… quelqu’un s’interposa entre lui et la galerie des Monstres. Un jeune homme d’une vingtaine d’années, au visage anguleux, aux petits yeux sombres et à la barbe mal entretenue. Ce côté négligé aurait pu lui donner un certain charme si ses traits n’avaient pas été déformés par une expression de haine intense. Et dans les méandres de cette haine, Lanig discernait une étincelle de profonde tristesse. Qui que soit ce type, il avait un mal fou à dissimuler ses sentiments.
— Où est-ce que tu nous as emmenés, voleur d’âmes ?
Même de sa voix suintait une colère qu’il peinait à contenir. Pour autant, Lanig se désintéressa de lui, se contorsionnant pour de nouveau observer la galerie des Monstres. Ses geôliers n’avaient manifestement pas l’intention de le tuer. Pas tout de suite en tout cas. Ce qui les reléguait au rang de vague nuisance pour son objectif d’atteindre la Femme bleue. Tous les trois se dressaient entre lui et le long corridor, mais s’il se précipitait dans cette direction sans crier gare, peut-être qu’il réussirait à…
Le jeune mercenaire lui saisit le menton sans ménagement, le forçant à le regarder dans les yeux.
— Je t’ai posé une question !
Une dague apparut comme par magie dans sa main et le métal froid arracha à Lanig un frisson quand il rencontra sa gorge. Le type tremblait. Comme s’il luttait pour se retenir d’égorger son prisonnier. Pourtant, Lanig ne ressentait aucune peur. Au contraire, la fébrilité haineuse de ce gamin l’amusait plus qu’elle ne l’effrayait. Voir ce tueur professionnel perdre ainsi son calme avait quelque chose de satisfaisant.
— Ne m’oblige pas à…
— Galek ! Éloigne-toi de lui.
Une femme venait d’intervenir. D’une bonne quarantaine d’années, cette mercenaire à la peau hâlée affichait de nombreuses cicatrices, dont l’une reliait le vert d’un de ses yeux aux vestiges d’une de ses oreilles. Elle fixait Lanig depuis l’autre bout de la salle, bras croisés, impassible.
— Milaka… je suis parfaitement capable de le faire…
— Ne discute pas.
Rageusement, le dénommé Galek retira sa lame, imprimant une fine coupure sur la gorge du Nécromancien. Milaka secoua la tête de désapprobation tandis que le jeune homme s’éloignait en serrant les poings.
— Aninaja, occupe-toi de lui.
La troisième mercenaire devait approcher la trentaine. Mais le plus singulier à son égard était les tatouages qui couvraient ses bras et les côtés rasés de son crâne. Des symboles typiquement jurdars, au même titre que les tresses qui disciplinaient ses longs cheveux châtains, tirant sur le roux. La culture jurdare était moribonde depuis des siècles, et Lanig n’aurait jamais cru que quelqu’un se revendiquant de cet héritage se mettrait au service du Culte. Mais en ces temps troublés, ce genre de bizarreries étaient légion.
Aninaja, obéissant docilement aux ordres de Milaka, approcha donc du Nécromancien avec un visage dénué d’émotion, ce qui la rendit bien plus effrayante que Galek. Sans se départir de ce flegme, elle l’attrapa par le col et le força à se mettre debout avec une facilité déconcertante. Puis, elle lui envoya son poing au creux de l’estomac. Lanig se plia en deux en étouffant un grognement de douleur.
— Où nous as-tu emmenés ?
À peine plus qu’un murmure, mais une voix aussi froide et tranchante qu’une épée. Suivie d’un coup de genou aux côtes. Les poumons du Nécromancien se vidèrent brusquement et il se mit à haleter bruyamment.
— Alors ?
Il jeta fugitivement un œil à la galerie des Monstres. Le Cristal était si proche, et pourtant, il se retrouvait aux prises avec une bande d’imbéciles qui n’avaient aucune idée de l’importance de ce qui se jouait ici. Aveuglés par leur fanatisme et leur soif d’argent, ils seraient incapables de comprendre. Alors, comment leur faire faux bond, sans sa magie ?
Aninaja le souleva et lui administra un méchant coup à l’entrejambe. Réprimant les larmes qui lui montaient aux yeux, Lanig fut obligé de reconnaître que la mercenaire savait s’y prendre. Chaque attaque experte avait pour but d’infliger un maximum de douleur, sans trop abîmer sa victime. Et il avait un mal fou à conserver sa dignité stoïque.
— J’ai tout mon temps, voleur d’âmes. Tu ferais mieux de répondre si tu ne veux pas souffrir pour rien. Où sommes-nous ? Et comment fait-on pour repartir ?
Cette dernière question arracha un ricanement à Lanig, ce qui lui valut un nouveau coup aux côtes.
— Qu’est-ce qui te fait rire comme ça ?
— Le fait que je n’ai pas la moindre idée d’où nous nous trouvons. Et aussi que vous n’êtes pas près de repartir d’ici.
Aninaja lui administra quelques gifles plus humiliantes que douloureuses.
— V’là qu’il cause. C’est un début. Maintenant, tu vas arrêter de te foutre de moi et me dire où nous sommes.
Nouveau ricanement de Lanig.
— Mais je n’en sais vraiment rien.
Il désigna du menton l’enchantement au sol.
— C’est cette magie qui nous a menés ici. Quand je l’ai activée, je ne savais même pas à quoi elle servait. Et encore moins où elle allait nous transporter. Tout ce que j’espérais, c’était créer une diversion pour vous échapper.
— Ne nous prends pas pour des imbéciles, intervint Milaka. Si cette magie nous a amenés jusqu’ici, tu peux certainement l’utiliser pour nous ramener à notre point de départ.
Cette fois, Lanig éclata franchement de rire.
— Tu as raison, mercenaire ! Mais dis-moi : pourquoi ferais-je une chose pareille ? Pour que vous puissiez me livrer bien tranquillement au Culte ?
— Nous t’offrons une chance d’expier tes innombrables fautes, cracha Aninaja. Une fois que les prêtres se seront occupés de toi, tu pourras rejoindre la Déesse, vierge de tout péché !
— Une Jurdare qui débite les inepties du Culte avec autant d’aplomb. J’aurais décidément tout vu.
Cette fois, le coup à l’entrejambe manqua de lui faire sortir les yeux des orbites. Et Galek faillit se jeter sur lui, uniquement retenu par Milaka, qui avait fermement posé sa main sur son épaule.
— À ce que je vois, ce n’est pas très difficile de vexer des fanatiques, ironisa le Nécromancien. Mais même si je voulais bien vous ramener au Nec Estros, j’en serais sans doute incapable.
— Explique-toi, ordonna Milaka.
— Ce genre d’enchantement s’utilise normalement avec des cristaux d’énergie. Or, je n’en ai aucun avec moi.
— Tu n’en avais pas non plus à Gilrann.
— Oui, mais à Gilrann, c’est le sang de vos défunts camarades qui a alimenté cette magie. C’est d’ailleurs la grande quantité d’énergie libérée par leur mort qui a permis à l’enchantement de fonctionner malgré tous vos colliers de bekarith.
Le visage de Galek s’assombrit à la mention de ses camarades tombés au combat. Milaka et Aninaja restèrent de marbre.
— Si vous vous débarrassiez de toute cette bekarith, peut-être que je serais alors capable d’activer l’enchantement sans cristaux… Mais aucun de vous n’a envie de prendre un tel risque, n’est-ce pas ?
Un lourd silence tomba sur la salle du trône. Galek lança un regard chargé de tristesse sur les glyphes gravés au sol.
— À moins que vous vouliez que je vous égorge, vous aussi, pour pouvoir repartir ? Ça serait très généreux de votre…
Un revers de la main d’Aninaja sur son visage l’interrompit.
— Il ment ! cracha-t-elle. On ne peut de toute manière pas faire confiance à un voleur d’âmes !
— Calme-toi, Aninaja, ordonna Milaka.
Elle se frotta le menton pensivement.
— Qu’il mente ou non, ça ne change rien. Comme tu l’as dit, on ne peut pas lui faire confiance. Donc, on ne peut pas compter sur lui pour nous faire quitter cet endroit. Ce qui veut dire qu’on va devoir regagner le Nec Estros par nos propres moyens.
Comme en réponse à cette remarque, un grand type au crâne dégarni et à la longue barbe blonde débarqua dans la salle. Lanig se rappela alors qu’il avait laissé en vie un quatrième mercenaire. Mais ce qui le perturba le plus, c’est que le gaillard en question était arrivé en passant par la galerie des Monstres. Avait-il vu la Femme bleue ? Le Cristal ? Il n’avait pourtant pas l’air plus affolé que ça. Qu’est-ce que ça signifiait ?
— Bon, lança-t-il à la cantonade, j’ai fait un bon tour du patelin et il n’y a que des ruines autour d’ici. Des ruines, des ruines et des ruines. Un peu comme à Gilrann, mais dans le genre… jungle, vous voyez ? En tout cas, y a pas âme qui vive ici non plus. Les loustics qui ont construit cet endroit ont sûrement disparu depuis des siècles. Va savoir ce qui a pu s’passer. P’t-être bien qu’ils se sont tous fait bouffer par un…
— La ferme, Redran ! éructa Aninaja.
Milaka leva les yeux au ciel.
— Est-ce que tu as pu découvrir où nous nous trouvions ?
L’intéressé se gratta le front, mal à l’aise.
— Eh bien… j’ai beau avoir pas mal bourlingué, je n’ai jamais vu ou entendu parler d’un endroit pareil. À mon avis…
— Oui ?
— À mon avis, on n’est plus dans l’ancien Empire. On en est même sûrement loin.
Milaka accueillit la nouvelle d’un froid hochement de tête. Galek et Aninaja échangèrent un regard où perçait leur inquiétude. Lanig, lui, jubilait.
— On pourrait très bien se trouver à l’autre bout du monde, commença-t-il. En tout cas, nous sommes très loin du moindre temple et du moindre prêtre. Vous devriez oublier l’idée de me livrer au Culte. C’est sans espoir et vous le savez très bien.
Sans crier gare, Aninaja dégaina une longue dague et pointa rageusement la lame vers le Nécromancien.
— Je suis sûre qu’il sait comment nous ramener au Nec Estros ! Je propose qu’on commence à le découper en petits morceaux jusqu’à ce qu’il se décide à nous dire comment faire.
Redran écarquilla les yeux.
— En petits morceaux ? Tu as oublié les instructions des prêtres ? Si on veut toucher la récompense, on doit leur livrer le voleur d’âmes vivant et entier.
— Au diable la récompense, cracha Galek. Il a tué quatre des nôtres. On devrait lui faire subir le même sort, ici et maintenant.
— Au diable la récompense ? Mais vous avez perdu la tê…
— Silence, Redran, lâcha Milaka. Et toi, Galek, je te rappelle que nos camarades connaissaient les risques. Ce n’est pas la première fois que la compagnie perd des membres, et c’est une réalité à laquelle tu devrais être habitué depuis longtemps.
Galek se rembrunit, mais sans que la colère ou la tristesse ne quittent son visage.
— Aninaja, baisse ton arme.
Avec un calme souverain, Milaka se plaça face à Lanig et parvint même à le regarder de haut malgré sa modeste taille.
— Je dois avouer que tu as très bien joué ton coup, voleur d’âmes. Nous transporter aussi loin du Nec Estros, c’était très habile. Mais je n’en attendais pas moins des gens de ton espèce. Cela étant dit, il en faudrait bien plus pour décourager la compagnie du Sirocco. Sois sûr que nous te livrerons au Culte, tôt ou tard, et même s’il nous faut traverser la moitié du monde pour y parvenir.
En d’autres circonstances, Lanig aurait certainement accordé son respect à cette femme. Mais en cet instant, son calme et son assurance l’agaçaient au plus haut point. Affichant une moue mécontente, il jeta un nouveau coup d’œil à la galerie des Monstres.
— Vous faites une terrible erreur. Il y a ici bien plus en jeu que l’or que le Culte vous a promis, ou que tout ce que vous pouvez imaginer.
Milaka lui accorda un froncement de sourcil curieux.
— Je croyais que tu ne savais rien de cet endroit.
— J’ignore où nous nous trouvons, c’est vrai… mais…
— Oui, monsieur le sorcier ?
— Vous ne comprendriez pas, rétorqua Lanig après un grognement de dépit.
La cheffe des mercenaires haussa les épaules.
— Comme tu voudras.
Elle se tourna vers ses comparses.
— On lève le camp. Pas la peine de perdre plus de temps ici.
Sans discuter, les trois subordonnés rassemblèrent leurs maigres effets personnels. Lanig remarqua alors que son épée et sa besace – celle qui contenait ses précieux journaux – étaient désormais en possession de Galek. Qu’il pose ses sales pattes de mercenaire sur ses affaires attisa la rage du Nécromancien, mais il fut aussi soulagé qu’elles ne soient pas abandonnées ici.
Aninaja se plaça derrière Lanig et lui enjoignit, d’un coup sur l’épaule, d’avancer vers la galerie des Monstres. Toujours menotté, il ouvrit la marche, la gorge nouée. Quand il approcha des premières statues, son cœur se mit à battre la chamade. Au bout de ce corridor se trouvait l’être le plus dangereux ayant jamais existé, mais peut-être aussi le moyen de mettre enfin un terme à ses manigances. C’était également l’occasion d’échapper à ses geôliers. Dès qu’il aurait atteint l’autel, il devrait immédiatement se jeter sur le Cristal. Pourrait-il, dans le monde réel, directement utiliser son pouvoir ? Ou bien ressentirait-il la même douleur que dans ses rêves ? Peu importait. Il devait tenter sa chance, quoi qu’il en coûte, et ensuite, il…
Son cœur rata un battement.
Les monstres étaient tous là, quoique certains aient perdu quelques membres et ornements. Mais au bout de la galerie, il n’y avait… rien. Pas de salle octogonale. Pas d’autel. Pas de Femme bleue. Pas de Cristal. Juste un tas de pierres recouvert par la végétation. Cette section du palais s’était écroulée, sans doute plusieurs siècles auparavant. Et elle s’ouvrait désormais sur la cité dont avait parlé Redran. Une succession tortueuse de bâtiments grisâtres, sur lesquels la nature avait repris ses droits. La roche brisée, la mousse, les arbres et les racines s’y entremêlaient dans une décadence étrangement élégante.
Mais face à cette beauté sauvage, Lanig se contenta d’entrouvrir la bouche, estomaqué.
Que… qu’est-ce que ça signifie ? C’est pourtant le même palais…
La désillusion fut dure à encaisser. Lui qui avait cru pouvoir terrasser la plus grande ennemie du genre humain, il maudissait sa naïveté au point d’en avoir les larmes aux yeux.
Une nouvelle bourrade d’Aninaja le tira de ses sombres pensées.
— Avance, voleur d’âmes. Nous voilà peut-être obligés de traverser la moitié du monde à cause de toi. Alors, tu n’as pas intérêt à traîner !
